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Interview | Pourquoi Casquette Verte a encore brisé les codes de l'ultra-trail cette année ?

1 févr. 2025
11 min de lecture

Après une année 2024 faite de hauts et de bas, Alexandre Boucheix alias Casquette Verte a trouvé le temps entre deux séances de trail running pour nous en dire plus sur sa dernière saison sportive. Entre ses courses, ses très nombreux projets off (dont l'UTMM) et surtout la naissance de son fils, l'ultra-traileur parisien nous a fait une nouvelle fois l'honneur d'une interview sans langue de bois... C'est parti !

Retour sur l'année 2024 (avant de parler de 2025)

D’un point de vue sportif, malgré des soucis physiques persistants, quel bilan tires-tu de ta saison 2024 ?

Effectivement en 2024, j'ai passé plus de temps à ne pas être à 100% qu'à être pleinement en forme. Quand tu as commencé à goûter aux podiums, aux victoires, aux cotations de courses au-dessus de 800 (UTMB Index, ITRA) et que tu te retrouves à galérer à nouveau... c’est vraiment très frustrant. Tu sens que ce sont juste des pépins mécaniques qui t'empêchent d'exploiter ton plein potentiel. Tu sais que tu pourrais faire beaucoup mieux mais temporairement, ce n'est pas possible. Je tire un bilan où effectivement en 2024… il a fallu être patient.

Malgré ça j'ai quand même réussi à sortir 2/3 trucs pour sauver les meubles avec quelques performances notables. Par exemple, le Mont Fuji (Mt. Fuji 100 au Japon) où j’ai obtenu une 5e place. J'aurais pu faire mieux si j’avais été en meilleure forme mais c'est quand même une 5e place sur un ultra de renommée mondiale… Et puis pas si éloignée des mecs qui étaient tout devant. Donc oui… j'ai énormément de déception… Alexandre est très déçu par ce qui ce qui a été fait mais Casquette Verte ce n’est pas si mal pour lui… La seule course que j'ai réussie sportivement parlant, c'est la VVX (Volvic Volcanic Experience) où là je me suis retrouvé à faire ce que j'aime… du très long ! (224 km à parcourir en solo). Ce que j'aime aussi, c’est la gestion, la navigation et bien entendu me retrouver en galère avec des conditions météos pas faciles. Je suis parti vite mais pas trop non plus pour être capable de courir et même d'accélérer sur les 40 ou 50 derniers kilomètres après en avoir déjà fait 180 ou 190. Donc ça pour moi c'était la grosse réussite sportive parce que c'était 2 semaines après le Japon. J’ai réussi à récupérer plus rapidement et à sortir une belle grosse course alors que c'est un 230 bornes en autonomie, que je me suis paumé et que les conditions météos de nuit étaient vraiment difficiles. C'est rare que je remplisse mon sac 12 litres mais là je t’assure qu’il l’était vraiment bien.

Malgré les blessures, j'ai réussi à maintenir la chose la plus importante pour moi qui était l'envie de courir. De basculer en 2025 en ayant toujours les crocs, de vouloir toujours développer des projets, de vouloir prendre le départ de la course… et que Alexandre ait toujours envie de porter sa casquette verte et d'être Casquette Verte sur des courses et dans l'univers du trail.

Côté projets, tu n’as clairement pas chômé. Entre ta carrière de créateur de vidéos et celle d’organisateur d’événements, prévois-tu de consacrer plus de projets de ce type pour les années à venir, quitte à ralentir par la même occasion le nombre de courses ?

Alors pas du tout ! Je continuerai à garder un équilibre d’à peu près 60/40 je dirais. 60% sur des courses officielles et 40% sur du off et d’autres trucs à côté. Parce que, quoi que j'en dise, j'ai quand même besoin d'avoir un dossard pour me remettre les pieds sur terre de temps en temps. Si tu n’as pas cet aspect très rationnel du classement, en fait, sur Instagram tu peux te faire croire à toi-même que t'es le champion de tout alors que dans la réalité, sur le terrain, tu es le champion de rien. Très souvent la seule réalité est de se confronter à un classement, à des notations. Ce n’est pas un truc que j’aime fondamentalement mais je sais que ça a du bon parce que ça permet de se confronter et donc d'avoir les pieds sur terre, donc toujours garder cet aspect course officielle.

Et pour le 40% « à côté », je ne conçois pas qu’il y ait que courir dans ma pratique. Le partage est également très important. En fait, ça change ma propre expérience des courses et des off que de faire tout ce contenu vidéo, tout ce Twitch autour. Je le vois comme une globalité et pas comme un service additionnel. C’est très important parce que pour moi, c’est devenu un vrai plaisir de partager autour de ma passion et de ma pratique. De tenter d'expliquer cette façon de voir un peu différente parce que je n'aime pas être pris pour un fou. J'aime bien montrer qu’au final c'est juste une manière de faire. Si moi, je fais a priori de manière différente, tout le monde peut aussi faire de manière différente… et ça c'est un truc qui me plaît beaucoup.

Donc non je ne vais pas ralentir le nombre de courses, je ne vais pas ralentir le « à côté », je vais essayer de garder un équilibre pour que tout ça continue à fonctionner ensemble.

D’ailleurs pourrais-tu nous en dire plus sur l’UTMM stp ? Es-tu content de son organisation, de ses retombées médiatiques, de l’émulation créée ? Prévois-tu d’organiser de nouvelles éditions prochainement ?

Alors l'UTMM oui, je suis très content parce que ça faisait 4 ans que je n’avais pas pu l'organiser par flemme administrative et peur du risque juridique.

Pour être honnête, je ne m'attendais pas à ce que le projet prenne autant d’ampleur. Des centaines de personnes au départ, des retombées médiatiques dans des médias généralistes comme BFM, Le Parisien, Le Point… ou des magazines qui ne s'intéressent normalement pas à ce sport… et pourtant là on a réussi à faire parler de nous bien plus fort que des courses installées depuis des années dans le milieu du trail.

Ça a été un grand plaisir de voir à quel point ça a bien marché. À quel point les nouvelles idées, comme le fait de ramener un saumon, d’avoir un compteur, de potentiellement faire un tour avec le funiculaire, etc. ont été vachement bien accueillies. Je suis très content que beaucoup de participant(e)s soient allé(e)s au bout, je suis content de l'aspect sportif, je suis content des retombées mais désormais il faut en assumer la responsabilité. La responsabilité de ce que nous souhaitons faire demain de ce projet.

À la question « est-ce qu’il y aura une nouvelle édition ? », je te confirme qu’il y en aura une. Quand ? Ça je ne peux pas encore y répondre...

Pour conclure 2024, tu es bien entendu devenu papa. Félicitations encore une fois. Alors comment on gère l’arrivée d’un enfant quand on a une vie aussi remplie ?

Écoute, on l'anticipe mais je pense que là-dessus, je n’ai rien à apprendre à personne parce que je suis en train d'apprendre et que je commets les mêmes erreurs que les autres. Je ne sais pas faire et j'ai accueilli cet enfant comme j'ai accueilli l'ultra dans ma vie. C'est-à-dire sans savoir, sans forcément vouloir écouter tous les conseils, vouloir faire comme les autres. Je découvre. J'ai un grand plaisir à découvrir ce que c'est que d'être père et de ce que c'est que d'être parents à 2. J’ai un grand plaisir à ça et j'ai un grand plaisir à essayer de trouver la bonne formule, la bonne équation pour que ça aille parfaitement bien avec cette vie d'ultra-trailer, cette vie d'organisateur et cette vie de Casquette Verte.

Ce qui est sûr, c'est qu’en aucun cas l’une des vies va venir bouffer l'autre ou être en concurrence. Il y aura toujours une certaine confrérie entre la pratique de l'ultra et la pratique de la parentalité.

2025 : On prend les mêmes et on recommence ?

2025, tu as déjà annoncé la couleur avec ton calendrier de l’année. De grandes courses, des offs, des projets mystérieux. De l’inédit mais aussi des grands classiques. Comment l'as-tu composée ?

Je ne compose pas vraiment (rires). Je suis quelqu'un de totalement instinctif dans ma manière de faire. Disons néanmoins que j'ai les grandes lignes… En fait, j’ai un fichier Excel qui est un calendrier où j'ai déjà 10 ans d'avance. J'ai une espèce de liste d'envies, de courses à faire, de projets off. Dès que j'ai une idée je la rajoute dans cette fameuse liste.

Au fur et à mesure de l'année, généralement, je me dis « bon bah l'année prochaine tu as envie de faire quoi ? » et je vais un peu piocher dans cette liste en me disant « qu'est-ce que j'ai envie de faire en priorité ». Après je les rentre dans les mois et je vois ce qui peut rentrer ensemble ou pas ensemble puis je construis mon année en fonction de ça.

Quels sont tes principaux objectifs sportifs pour cette future année d’ailleurs ? Et est-ce que tu as des records précis en tête ?

En 2025, l'idée est de ne pas faire du sportif. Je sors d'une année 2024 où j'ai pris très peu de plaisir à cause des blessures. De fin août au 31 décembre 2024, pendant les 4, 5 derniers mois de l'année, je n'ai pris aucun plaisir physique à courir et c’est quelque chose qui est un peu difficile…

Donc en 2025, mon objectif est de réussir à retrouver des sources de plaisir dans ma pratique de la course à pied. Typiquement, sur Hong Kong j'ai récupéré un petit peu de plaisir donc tu vois mon année 2025 est déjà presque réussie.

À part ça, sportivement il n’y a pas grand-chose. Je participe à plein de courses mais j'ai encore des gènes et des blessures qui ne permettent pas d’être à 100% physiquement parlant. Je ne pense pas faire quelque chose d’estimable d’un point de vue sportif cette année…

J’ai cela dit quelques envies sportives. J'aimerais beaucoup gagner avec Loïc la VVX (Volvic Volcanic Experience). Gagner avec mon copain Loïc qui n’a encore jamais gagné de courses. Gagner avec lui un ultra en duo… ça c'est un truc que j'aimerais bien avoir en tête.

Je retourne sur La Diag’ (ndlr : La Diagonale des Fous). Je me demande si j’aurais récupéré physiquement parlant pour m'aligner sur La Diag’ avec un esprit sportif. Dans l'idée, c’est de se dire « Bon voilà moi La Diag’, j’ai fait top 10. Maintenant qu’est-ce qu'il me reste ? ». J'aimerais beaucoup faire un truc. Ne pas courir le samedi par exemple. Arriver le vendredi avant 23 heures, 59 minutes et 59 secondes. Donc je verrais si je suis en état physique de le faire à ce moment-là.

On a aussi appris que tu publiais un livre cette année. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur son contenu ou son message ?

Oui, alors ça va sortir début avril. En fait, Casquette Verte il a commencé à exister au tout début quand j'écrivais mes récits de courses sur un blog. Et c'est comme ça que Casquette Verte a commencé à exister. À cette époque, j'écrivais beaucoup. C’était des récits de course qui étaient franchement beaucoup lus. Tout ça a créé beaucoup de notoriété autour de Casquette Verte. Ça a toujours été un mode d'expression particulier que j'apprécie énormément.

Ça fait des années et des années que je voulais écrire ce bouquin. Je voulais en fait, par ce bouquin, expliquer ma pratique et expliquer pourquoi Alexandre, pourquoi Casquette Verte, pourquoi Casquette Verte fonctionne comme ça et pourquoi Alexandre fonctionne comme ça. Comment Alexandre se sert de Casquette Verte et comment Casquette Verte se sert aussi d’Alexandre pour fonctionner. Dans ce bouquin on essaie d'expliquer tout ça, on essaie d'expliquer le pourquoi de chaque chose.

Cela dit, on raconte quand même l'histoire de Casquette Verte. De moi qui voulais juste faire à la base un semi-marathon et qui tombe amoureux de l'ultra en participant à La Diag’. On a essayé de rentrer vachement plus dans le pourquoi et dans les raisons de chaque chose. De chaque manière d'agir et de chaque volonté de se positionner en tant que personnage ; en tant que porteur de valeur, en tant que porteur de certains messages ou de façon d'être. Donc c'est ça qu'on a essayé d'explorer dans ce bouquin.

Si tu devais résumer ton état d’esprit pour 2025 en trois mots, lesquels choisirais-tu ?

Bon je t’avoue que ça ne va pas être 3 mots... (rires)

  • Le premier mot, c'est la recherche d'un plaisir mécanique.
  • Le deuxième, c'est l'équilibre volume / récupération.
  • Le troisième, c'est garder le panache et la surprise.

Désolé, ce sont plus des expressions mais ça serait ces 3 choses-là.

Vous l'aurez compris, 2025 sera une nouvelle fois une année riche en émotions et en projets pour notre cher Casquette Verte. Et une chose est sûre, on ne s'ennuiera pas !

Crédits photos : Barthelemy Gonon