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Interview | Marion Legrand, Championne du monde de duathlon, débarque chez Salomon

31 mars 2025
10 min de lecture

Championne de France de duathlon, championne d'Europe du duathlon, championne du Monde de duathlon... Marion Legrand a réalisé une année 2024 exceptionnelle et a sans aucune doute marqué la discipline (et les esprits) de son empreinte. Cette année, l'athlète Salomon nous a fait le plaisir de nous accorder un peu de son temps pour faire le point sur sa saison sportive hors norme et pour nous parler un peu plus d'elle, de son parcours, de son arrivée chez Salomon et de ses objectifs pour 2025.

L'occasion pour nous, et surtout pour vous, d'en savoir plus sur cette athlète de haut niveau. C'est parti !

De l'athlétisme au duathlon et triathlon

Pourrais-tu te présenter s'il te plaît ?

Je m’appelle Marion Legrand et j’ai 32 ans. Je suis triathlète spécialisée en duathlon courte distance où je cours à l’international en équipe de France. Je pratique également le triathlon longue distance où je cours en catégorie professionnelle.

En dehors de ma carrière d’athlète, je suis également et avant tout coach sportif. J’ai monté mon entreprise de coaching et d’organisation de stages en 2021 qui s’appelle Foxygène Coaching.

Comment as-tu découvert le duathlon et le triathlon ?

Je pratiquais déjà l’athlétisme depuis mes 10 ans grâce à mes parents qui sont eux aussi des anciens athlètes. En 2013 à la suite du décès de ma sœur jumelle, j’ai eu besoin de trouver une nouvelle source de motivation et un nouvel environnement pour sortir d’un contexte douloureux. J’avais des envies d’évasion pour me vider la tête et c’est comme ça que je suis montée sur un vélo pour la première fois. J’ai continué à courir et c’est tout naturellement que je me suis tournée vers un club pour pratiquer l’enchaînement des deux disciplines.

J’ai découvert le duathlon en même temps que j’ai intégré le Stade Français triathlon près de chez moi. Le club recherchait des athlètes féminines pour compléter leur équipe de duathlon qui évoluait en 1ère division. Cela m’a plu immédiatement. L’intensité de l’effort, le côté tactique des schémas de course, le côté technique des transitions et du vélo, la brûlure dans les cuisses, l’esprit d’équipe dans le sport individuel… J’ai rejoint l’équipe de France de duathlon pour la 1ère fois en 2018. Aujourd’hui j’attaque ma 7ème année à haut niveau et j’ai décroché cette année le titre de championne du monde derrière lequel je courais ces dernières années !

Quant au triathlon, alors que je faisais mes premiers pas dans le duathlon au sein du Stade Français triathlon, j’ai fini par me jeter à l’eau et mettre un pied dans la piscine, dans la suite logique de ce qu’on attend d’un licencié d’un club de triathlon. C’était plutôt comme un complément d’entraînement au duathlon à l’époque, et aussi un gros challenge car je me suis mise à nager sur le tard ! Le triathlon m’a beaucoup plu mais je l’avais mis entre parenthèses pour me consacrer au duathlon. Depuis 3 ans je me suis ouverte à de nouveaux défis avec le triathlon longue distance en compétition. Cette année 2024 a été très aboutie côté triathlon avec ma victoire professionnelle sur le 70.3 d’Aix-en-Provence et une sélection en équipe de France de triathlon longue distance pour participer aux championnats du monde en Australie !

Comment as-tu rejoint le team Salomon ?

J’ai découvert le team Salomon à travers mon métier de coach quand j’étais en région parisienne. Lorsque la marque a développé la gamme « road running » j’ai fait partie des coachs présents tous les jeudis soir dans Paris pour encadrer les « Community run ». Des groupes de coureurs loisir de tout horizon, venus transpirer un peu le temps d’une séance de course à pied sur les quais de Seine. J’ai pu tester les produits Salomon qui m’ont alors séduite. C’était convivial et sportif. C’est naturellement que j’ai soumis ma candidature pour poursuivre l’aventure à titre d’athlète.

Entre coaching et entraînements : une flexibilité à toute épreuve

À quoi ressemble ta journée type ?

Je n’ai pas de journée type d'entraînement à proprement parler. Chaque semaine et chaque jour sont uniques car différents en fonction du calendrier sportif, de mes contraintes professionnelles, personnelles et du moment où l’on se situe dans l’année par rapport aux objectifs de la saison.

Le maître mot est la flexibilité je dirais. J’adapte mes contraintes d’entraînements à mes contraintes pro et perso et vice-versa. Je gère une vingtaine d’athlètes aux projets sportifs différents en parallèle du mien. En général mes journées correspondent à un 50/50 entre ma vie de coach et d’athlète. Les jours où l’entraînement est axé sur le vélo, je m’entraine le matin après le petit déjeuner. Je rentre, je déjeune et consacre l’après-midi à travailler. En fin de journée, je peux aller nager ou partir faire un footing. Les jours avec de l’intensité en course à pied, je préfère travailler le matin pour me libérer de cette charge mentale et courir le midi ou le soir.

Mes semaines d’entraînement paraissent légères à côté de beaucoup d’autres triathlètes longue distance du circuit mais jusque-là ce système a porté ses fruits sur moi. Ce qui est sûr, c’est que je m'entraîne tous les jours. Cela m’arrive de doubler mais ce n’est pas systématique. Je fais partie de la team moins que trop. (rires)

Comment parviens-tu à équilibrer tes engagements professionnels avec ta pratique du sport ?

Je n’ai pas fait le choix de pratiquer le sport à 100% dans ma vie car je partage ma vie avec Garance et que je souhaite qu’on soit toutes les deux parties prenantes de notre vie et de notre avenir. C’est une charge mentale et physique supplémentaire mais nécessaire. Par exemple, en mars prochain (ndlr : mars 2025), je pars tout le mois encadrer 3 stages sportifs en tant qu’entraineur et je sais que je devrai mettre ma pratique sportive personnelle de côté. Pour le coup, je priorise mon travail car j’ai besoin de ces rentrées d’argent. Les primes de course ne suffisent pas à en vivre.

J’ai néanmoins quitté un CDI en tant qu’entraîneur de club il y a 3 ans pour améliorer mes conditions d'entraînement et de récupération. C’est là que j'ai monté ma propre structure de coaching. Cela me permet d’allier plus facilement ma pratique à haut niveau et la gestion du travail.

Comment planifies-tu tes séances dans ton emploi du temps ?

Je suis entraîneur moi-même mais je fais quand même appel aux services d’un entraîneur afin d’avoir un œil extérieur sur moi. Il me propose chaque semaine un contenu construit par rapport aux échéances de mon année sportive et je les répartis en fonction de mes autres contraintes : disponibilité de copains éventuels pour partager la séance, fatigue, météo annoncée, activités personnelles. Le maître mot c’est la flexibilité, l’écoute et l’adaptation chez moi tout en restant studieuse. J’ai appris avec le temps que ce n’était pas parce qu’on sautait une séance ou que l’on ne suivait pas exactement à la lettre le contenu que l’on ne s'entraînait pas de manière bénéfique.

L'adrénaline de la compétition

Qu'est-ce qui t'a poussé à faire de la compétition ?

J’ai longtemps considéré la compétition comme mon moyen d’expression. J’ai été victime de harcèlement scolaire au collège et le sport est devenu une arme de défense dans un premier temps. C’était là où je m'épanouissais, où on ne pouvait pas m’embêter. Avec le temps, j’ai appris à me détacher de cette vision de sport-cuirasse et à voir le sport comme un jeu, un moment de partage et de découverte, des autres et de moi-même.

Quels sont tes objectifs personnels liés à la compétition ?

Être meilleure que je ne l’étais hier, repousser mes limites mais sans oublier que la vie ne se résume pas qu’au sport. Je m’éclate à travers le sport, je me sens vivante quand je passe de grosses séances qui font exploser mon cœur et mes jambes mais je relativise sur la place du sport ou plutôt de la compétition dans la vie. Je le vois aussi beaucoup à travers ma compagne Garance, qui faisait du haut-niveau comme moi et qui a arrêté sur blessure. Sa vie ne s’est pas arrêtée et elle est heureuse dans cette nouvelle vie.

Sport au féminin

En tant qu’athlète féminine, trouves-tu qu'il soit plus difficile de s'intégrer dans le monde de la compétition ?

Je dirais oui et non. Pour être totalement honnête, je trouve que la réussite sportive féminine exige d’autres qualités qui ne sont pas strictement liées aux performances sur le terrain mais à l’esthétisme physique, à la capacité à communiquer sur les réseaux. Le sport féminin est aussi moins médiatisé. De fait, il est moins connu et intéresse moins. J’étais étonnée de découvrir cet été que le grand public découvrait Cassandre Beaugrand grâce à sa médaille d’or aux Jeux : hors du microcosme du triathlon, peu connaissent les athlètes féminines !

Les Jeux sont une mise en lumière exceptionnelle mais au quotidien, le sport féminin souffre d’un manque de médiatisation et d’intérêt. C’est assez frappant sur les courses. En D1 par exemple, il y a beaucoup plus de spectateurs pour les hommes que pour les femmes. Les organisateurs travaillent à favoriser l’équité et à contourner ces problèmes en programmant la course des hommes en dernier pour que les spectateurs restent pour assister à celle des femmes mais il y a encore pas mal de travail à faire.

Au niveau des contrats de sponsoring aussi, les hommes sont plus souvent aidés puisque plus médiatisés : c’est tout un mécanisme. Dans l’ensemble, les médias dans le triathlon couvrent de manière équitable hommes et femmes et participent à l’égalité des sexes dans le sport !

La féminisation dans le sport est en plein essor, l’égalité des prize money est de plus en plus respectée et beaucoup de fédérations sportives font des campagnes de féminisation. Chez Salomon, l’égalité hommes-femmes est bien représentée et c’est quelque chose qui me plaît.

Faut-il faire plus d'efforts pour se faire remarquer ?

C’est une question qui ouvre la réflexion ! Dans le monde hyperconnecté d’aujourd’hui, où l’on swipe frénétiquement, c’est difficile de se faire remarquer si on n’a pas une touche particulière, une personnalité qui marque ou une histoire. Ou plutôt, si elle n’est pas racontée selon les codes actuels - t’as 10 secondes pour faire passer un message avec ta vidéo, sinon next ! Et d’un autre côté, tu peux perdre tellement de jus pour lutter contre les algorithmes d’Instagram ou perdre ton authenticité à force de te filmer en permanence que tu peux passer à côté de l’essentiel : ton sport.

Honnêtement, j’essaie d’être moi-même sur les réseaux. Je montre mon quotidien dans le sport mais aussi l’arrière du décor, on rigole beaucoup avec ma compagne. Je communique en restant fidèle à ma patte Marion Legrand. Pour revenir sur la question, si tu es bon et que tu gagnes, tu te feras remarquer sans avoir besoin d’en faire des caisses. (rires) Taylor Knibb en est un parfait exemple. Malgré tout aujourd’hui, il faut communiquer ! Pour soi, pour les sponsors, c’est normal.

Quelles sont selon toi, les principales qualités ou forces à avoir, pour percer ce milieu en tant qu'athlète féminine ?

Je pense qu’il faut garder son authenticité et avoir une personnalité, une histoire, une touche d’humour évidemment !

Et si on parlait de la suite ?

Quels sont tes objectifs à court terme ?

Confirmer ma progression et mon arrivée sur le circuit de la longue distance en triathlon

Quels sont tes objectifs à moyen-long terme ?

Augmenter la distance en triathlon pour goûter à la distance Ironman alors que de base je viens de la courte distance.

Professionnellement, reprendre davantage de terrain, retravailler avec les jeunes comme je le faisais en club, quand j’aurais plus de temps et moins d'énergie à consacrer au sport de haut niveau. Le côté social de travailler avec du monde me manque. Que ce soient des collègues et surtout des athlètes, je prends autant de plaisir à encadrer des débutants, à les accompagner sur l’apprentissage des bases, à rendre la chose ludique, qu’à travailler avec des jeunes, qu’à organiser des stages ou des séances avec des adultes…

J’ai vraiment la fibre du partage et de la pédagogie. D’ailleurs chaque année j’essaie d’organiser un ou plusieurs stages de triathlon. Je finis sur les rotules car je donne de ma personne, mais ça m’éclate et me nourrit.

Ta relation avec Salomon

Comment Salomon t’aide dans ce processus ?

Salomon m’apporte le matériel dont j’ai besoin pour performer en compétition et m'entraîner dans de bonnes conditions avec des produits de qualité. Avoir du bon matériel, c’est prévenir les blessures, mieux récupérer et construire son projet plus sereinement. L’équipe est bienveillante et dynamique. J’apprécie les rencontres avec les autres ambassadeurs(rices) et athlètes Salomon. Ce sont des moments de partage agréables.

Aussi bien au niveau de la compétition que dans ta vie en général ?

Faire partie de la team Salomon, c’est adhérer à un état d’esprit et à une communauté. C’est ce qui me plait dans le fait d’être accompagnée par cette marque. Je me sens soutenue dans mon projet et dans l’envie d’aller encore plus haut.

Le mot de la fin

Pour terminer cette entrevue, que souhaiterais-tu que l'on retienne de ton parcours ou de toi ?

On a tous une raison au fond de soi qui nous pousse à courir et à nous dépasser. Moi, ça a été du harcèlement scolaire puis la perte de ma sœur jumelle. Anaïs Quemener c’est pour battre son cancer. Ma compagne c’est tout simplement l’amour du sport en plein air… Trouvez votre moteur et go ! Laissez-vous porter par vos S/Lab Phantasm 2 ! (rires)

Vous l'aurez compris, de beaux challenges sportifs attendent Marion Legrand en 2025. L'athlète Salomon fera tout pour confirmer les excellents résultats de 2024 et nous faire rêver. Vivement la suite !

Crédits photos : Alexandre Le Gleut